WE HEAR YOU(TH)

Dans le célèbre ouvrage de William Golding, Sa Majesté des mouches (1954), le·la lecteur·ice suit un groupe d'adolescents échoués sur une île paradisiaque. L'histoire décrit la déchéance du groupe, qui tombe lentement de l’état de  civilisation à celui de  sauvagerie, se torturant et s’entretuant les uns les autres. Selon Wikipédia, l'histoire évoque une métaphore de nos "impulsions contradictoires vers la civilisation et l'organisation sociale". Mais on pourrait également dire que le livre fonctionne comme une image, un avertissement adressé aux adultes : ne laissez pas les enfants diriger sinon, nous retournerons tous·tes à un stade "primitif" déstructuré, ce serait le chaos et la mort assurée.

Le livre fut un succès, tout comme ses deux adaptations cinématographiques. Vraisemblablement parce qu'il s’en dégage un sentiment de réconfort provenant de la réaffirmation d'un ordre déjà existant : les adultes décident au nom des enfants et ce pour leur propre bien. Mais le succès pourrait aussi résulter d'une fascination ancienne, d'un réveil de peurs et d'attirances ancestrales émanant de la possibilité d’un autre monde, un monde qui serait façonné à nouveau mais cette fois par les enfants, affranchi·es de l'autorité des adultes. Une société régie par d'autres lois, envoûtante car radicalement différente, inconnue et donc virtuellement dangereuse.

Près de 65 ans après la publication du roman, on peut dire que la fascination pour le pouvoir potentiel des enfants est toujours vive, de même que la crainte qui l'accompagne. Les établissements scolaires et les modèles familiaux ont lentement évolués pour conférer plus d’autonomie aux enfants dans leur développement et les enfants ont souvent davantage la parole que par le passé. Mais ont-ils·elles vraiment leur mot à dire sur la manière dont nous vivons ensemble ? Leur voix est-elle entendue par ceux·celles avec qui ils·elles cohabitent sur cette planète?

Ces dernières années, c’est toute une génération qui a suivi Greta Thunberg, quittant l'école et faisant entendre sa voix pour exiger un avenir meilleur. Des millions de jeunes sont descendu·es dans la rue pour réclamer l'instauration d'un état d'urgence climatique mais leurs actions n’ont pas eu de réel impact politique. Pourquoi ? Est-ce parce que, même si la place des enfants a évolué dans notre société, nous persistons à les considérer comme incapables de formuler des propositions sérieuses, de s'organiser et de décider ? Ou est-ce parce que nous croyons encore que, comme dans Sa Majesté des mouches, un monde dirigé par des enfants serait à coup sûr synonyme de sauvagerie et de chaos ?

Dans un article publié par The Guardian en mai 2020, Rutger Bregman nous relate comment, dans les années 60, un groupe de garçons s'est réellement échoué sur une île de l'océan Pacifique. Ce que les adultes ont découvert 15 mois plus tard était toutefois sans rapport avec le fantasme pervers décrit par Golding. Personne n'avait été torturé. Au contraire, "les garçons avaient mis en place une petite communauté avec un jardin potager, des troncs d'arbres évidés pour stocker l'eau de pluie, (...) et un feu permanent, le tout grâce à des travaux manuels, une vieille lame de couteau et beaucoup de détermination". Ils sont même parvenus à soigner eux-mêmes une jambe cassée, au milieu de la jungle.

Si le monde actuel est aussi profondément dysfonctionnel que nous le savons, n'est-il pas temps de changer de récit ? Dans cette histoire que nous devrions tous·tes connaître - la vraie, pas celle inventée dans les années 50 par un romancier – les enfants ne créent pas de sociétés cauchemardesques. Ce qu'ils·elles font, c'est inventer un monde basé sur la coopération et la bienveillance.

Dans le cadre de notre engagement à longue terme de la question How to Be Many ?, le Kaaitheater propose plusieurs programmes thématiques. Dans le cadre de We Hear You(th) les enfants prennent la parole et guident les adultes dans leur monde et vers l'avenir. Des projets qui invitent à écouter la voix des jeunes, à dépasser nos peurs et à s'abandonner à la sagesse de la jeunesse.

avec des projets de

Einat Tuchman - Extended Market
Ant Hampton - Two Adults and a Child
Francesca Grilli - Sparks 2021
Anna Rispoli - Close Encounters
Lara Staal/NTGent - Dissident 
Kyoko Scholiers - BOY
Katrien Oosterlinck - Tactile Talk

 

There's more

WE HEAR YOU(TH)

WE HEAR YOU(TH)
WE HEAR YOU(TH)

festival

ve 11.11.22

Dans le cadre du programme thématique WE HEAR YOU(TH), nous montrons des œuvres de créateurs qui donnent voix au chapitre à des jeunes et des très jeunes et qui ont engagé le dialogue avec eux à propos de leur vision du monde et de l’avenir. Ces projets – qui s’adressent à un public d’adultes – invitent à écouter la voix des jeunes, à dépasser nos peurs et à nous abandonner à la sagesse de la jeunesse.

Ant Hampton

Two adults and a child

théâtre performance

Two adults and a child
Two adults and a child

théâtre

je 23.09 - ve 24.09.21

Sur scène, deux adultes et un enfant qui n’ont pas répété, réinvités à chaque représentation. L’enfant, qui porte des écouteurs, semble être celui qui tient les rênes du spectacle. Les adultes copient les mouvements d’autres enfants qu’ils voient sur des écrans les entourant. C’est une sorte de danse de marionnettes qui illustre des histoires, des chansons et des rêves sélectionnés et murmurés par les voix d’encore plus d’enfants, tels des exemples de vulnérabilités et de surprises. Qui sont ces enfants ?

Francesca Grilli

SPARKS 2021

performance

SPARKS 2021
SPARKS 2021

performance

ve 12.11 - ve 11.11.22

SPARKS 2021 de Francesca Grilli est un projet participatif basé sur une action simple : les enfants lisent l’avenir des adultes dans la paume de leur main, comme un geste d’espoir et de rupture avec le passé. Le dispositif est simple, les enfants sont mystérieux. Et, en tant qu’adulte, il faut surtout se taire. Soyez silencieux·se, abandonnez-vous à leur pouvoir et soyez ouvert·e à leurs visions et réflexions.

Anna Rispoli

Close Encounters

Close Encounters
Close Encounters

production

sa 13.11 - di 14.11.21

Une année durant, des élèves de deux écoles secondaires à Bruxelles se sont réunis chaque mois et sont devenus « The Class ». Avec Anna Rispoli, ils ont parlé de la relation entre autorité, intimité et amour. Guidé par une voix, on reconstitue une discussion avec l’un·e des jeunes co-auteur·rice·s dans Close Encounters. Il s’agit d’une conversation qui s’est tenue il y a longtemps, mais qui se déroule à nouveau dans un contexte de nouvelle rencontre intime.

Lara Staal/NTGent

Dissident

théâtre

Dissident
Dissident

théâtre

sa 27.11.21

Cinq « jeunes à problèmes » occupent la scène. Souvent inconsciemment, ils sont devenus des experts dans la provocation de l’autorité en place. Mais cette fois-ci, les rôles sont inversés et ce sont eux qui instruisent le public. Que signifie être continuellement l’exception ? Et que disent les règles et les attentes dans l’enseignement secondaire sur ce que nous entendons par citoyenneté réussie ?

Kyoko Scholiers

Boy

théâtre

Boy
Boy

théâtre

sa 02.10.21

Quel impact cela a-t-il sur une personne de grandir sans un environnement chaleureux et sécurisant ? Kyoko Scholiers s’est immergée des mois durant dans le monde de la protection de la jeunesse : elle a interviewé des juges pour enfants, des familles d’accueil, des pédopsychiatres, des éducateurs, des enfants et leurs parents, etc. À partir de ces expériences, elle a écrit une fiction sous forme de texte de théâtre : Boy. Le paysage sonore est chanté en direct par un chœur d’enfants.

Katrien Oosterlinck

Tactile Talk

performance

Tactile Talk
Tactile Talk

performance

ve 10.12 - sa 11.12.21

Tactile Talk nous invite dans un paysage de rochers en mousse, dans lequel des performeurs nous guident à travers un jeu. Posez un rocher, établissez un contact visuel, suivez, prenez la direction, prenez du recul et observez l’image qui apparaît. Tactile Talk est une rencontre, une conversation silencieuse sur la prise de contact, la mise en place de limites, l’observation de ce qui nous met en mouvement et de ce qui est en mouvement entre nous. Il s’agit d’un jeu visuel, d’une chorégraphie sociale dans laquelle on explore la distance et la proximité.