Michiel Vandevelde

Depuis la fin de ses études à PARTS, Michiel Vandevelde est actif en tant que chorégraphe, commissaire d’exposition et auteur. Le fil rouge à travers son oeuvre est le militantisme politique et artistique. Au lieu d’attendre que tout aille mieux, il plaide pour une reprise en main active des choses. « Je suis convaincu qu’au bout du compte, chaque génération finit par créer ses propres institutions. »

Vous entretenez différents rapports avec le champ culturel : vous créez des spectacles, vous êtes co-programmateur du festival Bâtard, entre autres, vous faites partie de la rédaction de la revue Etcetera et rédigez des articles. Quel est le lien entre toutes ces activités ?

Elles sont à tous égards liées les unes aux autres. Peut-être que ma pratique se définit comme de la programmation : je travaille toujours avec le matériau des autres que je m’approprie. Cela mène à de nouvelles compositions qui me permettent de transmettre quelque chose de nouveau – aussi bien à travers mes productions de danse et de théâtre que l’écriture et la programmation. Je me sers du principe de « cannibalisme » que j’emprunte à l’écrivain brésilien Oswalde de Andrade, qui l’envisage de façon métaphorique, comme l’absorption d’une culture invasive ou hégémonique pour la ensuite la digérer et l’évacuer sous une autre forme. Bien que la société occidentale ne m’ait pas colonisé, je n’y souscris pas. Qu’est-ce que je considère comme invasif dans ma vie, ou – plus largement – dans la société ? Indépendamment de cela, une discipline peut aussi être une source d’inspiration pour une autre discipline. Lorsque j’ai commencé à répéter Antithesis, the future of the image (2015), j’ai d’abord beaucoup écrit. Ces textes ont finalement été publiés dans une revue tout en donnant lieu à un spectacle. Pour vous, la ville est une structure qui permet le développement d’un système alternatif pour les arts.

Cherchez-vous aussi un engagement actif dans la ville ? Car vous avez à plusieurs reprises tourné le dos à la salle de théâtre pour développer une idée dans la cité.

Dans la ville, je m’engage principalement en tant que citoyen – pas seulement en tant qu’artiste. Pour moi, cette ville se compose d’aménagements publics allant du parc au théâtre. On a souvent tendance à voir « l’intérieur » et « l’extérieur » du théâtre comme des pôles opposés. Moi, je les considère tous deux comme des espaces publics, avec chacun leurs particularités, leurs avantages et leurs désavantages. En fonction du projet, je me déplace le long de cet axe allant de l’intérieur à l’extérieur. À l’intérieur, on dispose d’une attention et d’une formidable machinerie pour représenter des choses, pour générer un sentiment « d’être ensemble ». À l’extérieur, tout est plus chaotique et l’attention est beaucoup moins évidente. J’ai longtemps réfléchi à la « boîte noire » comme le négatif de l’espace autour du théâtre. Ainsi, le philosophe germano-coréen Byung-Chul Han parle de la « surpositivation » et de la privatisation de la ville. Au centre de Bruxelles, c’est moins extrême pour le moment, mais dans une ville comme Amsterdam, la présence des touristes détermine entièrement le développement du centre-ville. Dans un tel contexte, où peut encore avoir lieu la discussion publique ? Idéalement, les théâtres devraient être totalement détachés de cette surpositivation, ce sont des boîtes noires pour l’imaginaire et le partage d’idées, qui font offi ce de négatif de l’espace qui les entoure, de lieux de discussion publique.

Le théâtre en tant qu’espace de la pensée et de l’élaboration d’un discours différent me préoccupe intensément. Nous vivons une époque étrange et faisons face à une profusion de stupidité, comme celle du plus grand bouffon qui parvient à se faire élire président. Comment pouvons-nous ramener la pensée au premier plan ? J’y vois un rôle intéressant réservé à l’art.

 

Michiel Vandevelde en conversation avec Esther Severi