4. Quel rapport entre la crise du coronavirus et le théâtre ?

On entend souvent dire que « la crise du coronavirus a rendu beaucoup de choses visibles ». C’est sur un fond de vie publique figée et des rues désertes, que les soignant.e.s, les chauffeur.e.s de bus, les enseignant.e.s et autres acteur.trice.s essentiel.le.s ont été représentés comme des héros. Ceux qui par la force des choses peuplaient encore les rues ont attiré notre attention lorsqu’ils prenaient soin des plus vulnérables. La solidarité s’est transformée en actions et le gouvernement a lancé de vastes mesures de soutien. Néanmoins, ce que nous apprenons de l’impact du confinement sur les enfants et les jeunes vivant dans la pauvreté a mis en évidence des réalités terrifiantes. Il a été clair que tout le monde n’a pas pu bénéficier du même sentiment de paix et de tranquillité dans la rue, qu’un quartier n’est pas l’autre, que les un.e.s n’ont pas droit au même traitement que les autres. Si derrière les façades, certaines familles ont pu mettre à profit le temps du confinement pour resserrer et enrichir les liens, pour d’autres, ce fut une longue et sombre période. Une période qui a très nettement souligné les inégalités de notre société. La plupart de ces notions ne sont pas nouvelles : la crise du coronavirus nous les a seulement rendus plus visibles.

Puisque tous condamnés à l’écran comme interface avec le monde extérieur, les informations et les articles d’opinion ont été mis en contexte par d’innombrables conversations en ligne – également entre artistes et penseur.se.s. On a ainsi pu écouter des lectures et visionner des spectacles numériques. Et quand l’information de dauphins aperçus dans les canaux vénitiens a surgi sur nos fils d’actualité, cela nous a rappelé à quel point l’imagination peut être puissante. Est-il donc possible que la terre (et le monde) se remette(nt) ?

Après l’été, nous allons pouvoir retourner au théâtre. Le théâtre va à nouveau pouvoir faire ce qu’il fait depuis des siècles : rendre visible. Un espace est prévu à cet effet : un espace vide, où des spectacles sont présentés à un public qui regarde ce lieu que nous appelons la scène (même si ce n’est pas un plateau, mais une rue ou un parc). C’est là que la précision génère de l’imagination, que des liens improbables sont établis. C’est là qu’assis.e parmi d’autres, des notions intimes émergent dans nos esprits. C’est là qu’avec d’autres, vous pouvez converger vers une même longueur d’onde. C’est là que ce que vous saviez déjà peut vous toucher et provoquer un choc, parce que vous ne l’aviez jamais vu ainsi. Les arts de la scène donnent corps à des réflexions (nouvelles, personnelles) sur l’époque actuelle et sur l’histoire. Et ce ne sera pas différent au cours de la saison 2020-2021.

En adaptant l’accueil du public aux conditions de la crise sanitaire, nous misons sur une utilisation maximale de la grande salle, car c’est là que nous pouvons accueillir le plus de spectateurs. Nous espérons qu’au fur et à mesure le nombre de places pouvant être occupées augmentera. Car, aujourd’hui, la question « Comment être plusieurs ? » résonne littéralement comme « comment pouvons-nous rendre notre programme accessible à un public aussi large que possible ? ». Ou mieux : comment veiller à ce que notre théâtre, à capacité restreinte, ne soit pas uniquement fréquenté par des habitués ? Comment créer de la place pour de nouveaux publics ?

– AGNES QUACKELS & BARBARA VAN LINDT

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