Ce que les saisons nomades nous ont appris

Nouvelles
par Agnès Quackels
19.08.26

 

En juin 2022, le Kaaitheater a fermé ses portes pour rénovation et a commencé un fonctionnement itinérant. Ce qui devait initialement être une période de deux ans aura finalement duré plus de cinq ans.  

Au cours de ces années d’itinérance, nous avons organisé 1 116 soirées dans 64 lieux différents. Dans des théâtres et des sites en plein air, des deux côtés de la frontière linguistique, à Bruxelles et dans ses environs. 

Durant cette période, nous avons pu constater combien le partage de nos ressources et de nos réseaux a été bénéfique tant pour nous que pour toutes les autres salles de théâtre impliquées. Nous avons vu comment ce partage a rassemblé de nombreuses personnes. 

Mais dans une ville qui accueille tant d’expériences de vie et de perspectives différentes – où vivre, travailler et s’organiser avec les autres ne relève jamais de l’évidence –, nous voulons croire que ce geste (aussi modeste soit-il) consistant à élaborer une programmation commune a dépassé le cadre d’alliances pragmatiques. 

Ce que nous voyons en posant un regard rétrospectif sur ces cinq saisons, ce sont des théâtres qui coexistaient côte à côte, qui ont décidé d’ouvrir leurs portes à la possibilité de « faire autre chose », et se sont laissé transformer par cette décision. Nous voyons des théâtres qui ont choisi la solidarité et qui, de ce fait, sont passés de la concurrence à la coalition

Travailler en tant que festival pendant cinq saisons n’a pas été une partie de plaisir. Ce fonctionnement a exigé la conviction continue et obstinée que le Kaaitheater avait quelque chose en commun avec tous ces théâtres différents. Au cours de cette période, nous avons activement recherché les parties de nos territoires symboliques que nous pouvions partager les un·es avec les autres, afin de former un terrain d’entente. Et en synergie avec tous·tes ces partenaires, nous avons réussi à développer une compréhension commune des œuvres et des histoires qui, aujourd’hui, doivent être partagées avec un large public à Bruxelles.  

Nous avons appris que les théâtres, les organisations ou les personnes ne doivent pas nécessairement s'accorder en tout point avant d’organiser quelque chose ensemble et de contribuer à la construction d’une ville bonne à vivre. Les affinités résultent d’une pratique continue d’organisation commune, par-delà des différences et vers un horizon partagé – elles n’en sont pas la condition préalable. 

À l’aube de cette dernière saison nomade et alors que nous nous préparons à la réouverture de notre bâtiment récemment rénové, nous souhaitons garder cet apprentissage à l’esprit. Nous voulons continuer à croire que les théâtres sont des espaces génératifs, où l’on peut prendre conscience de ce que signifie vivre, travailler et s’organiser ensemble. Où quelque chose d’autre peut se produire. Où les publics, les artistes et les organisations peuvent s’ouvrir à la possibilité d’être transformé·es. Où des pratiques d’hospitalité et de solidarité peuvent se développer entre nous. 

Pour le Kaaitheater, 

Agnès Quackels