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Clowns sacrés, nouvelles perspectives à partir du chaos
texte par Roland Gunst (Journal de Moussem)

Dans mon travail, je réfléchis à travers la performance, le cinéma et les arts plastiques, aux stratégies et aux récits de libération afro-européens pour contrer l’oppression identitaire et les traumatismes. Je développe des stratégies autour de ce que la professeure Cécile Fromont appelle des « espaces de corrélation », à savoir des espaces de concordance au travers de l’histoire humaine entre traditions culturelles européennes et africaines qui se sont développées séparément, mais qui, d’après moi, emploient des stratégies de libération comparables à partir d’une pratique critique. Les « espaces de corrélation » saisissent la nature unique et fédératrice des êtres humains. J’entends par là que les êtres humains, indépendamment de l’espace et du temps, ont tendance à élaborer et à appliquer des stratégies similaires pour sauvegarder leur raison d’être et leurs droits d’exister.

La tradition congolaise séculaire des « clowns sacrés » et des figures de pouvoir (des corps humains ou des représentations ancestrales) et leur pratique critique constituent le point de départ de la phase de recherche actuelle. Ils forment le cadre à travers lequel j’ai observé ces dernières années des actes de résistance et des manifestations de citoyens sur différents continents. Dans la pratique critique des membres d’organisations de défense des droits des animaux, de militants de la décolonisation, de BLM et des droits LGBTQ+, de mouvements migratoires ou environnementaux sur les cinq continents, je reconnais cette tradition transculturelle, transgenre et transnationale des clowns sacrés et des figures de pouvoir. Par le prisme du passé, un être humain peut mieux se comprendre.

La tradition des clowns sacrés s’inscrit dans une longue histoire, tant en Afrique qu’en Europe – en Europe sous la forme de bouffons de la cour, entre autres, et en Afrique sous la forme de prêtres clowns. Les clowns sacrés réunissent des qualités qui pourraient facilement être considérées comme paradoxales. Ils maîtrisent et peuvent jouer avec les frontières entre le sacré et le profane, défiant les règles et les autorités. Ce sont des êtres fluides qui créent et dissolvent les réalités phénoménales. Ils rendent la réalité fluide, en évolution et en mouvement constants, comme du caoutchouc liquide.

Comme les rois, les clowns sacrés occupent une position spirituelle et autoritaire dans la société à partir de laquelle ils peuvent transgresser les codes moraux humains. Ils peuvent provoquer, parodier, railler, chatouiller et aiguillonner. Ainsi, le clown rituel doit maîtriser l’art burlesque du travestissement, apprendre à incarner le ridicule, l’incongru, l’envers et l’endroit.

Car c’est avec l’inversion, le renversement et la mise sens dessus dessous des normes culturelles, que des valeurs traditionnelles, spirituelles et sociales, des positions sociales et des identités sont réaffirmées, négociées, inspirées et redéfinies avec hilarité et ironie.

Les clowns sacrés représentent une inversion de l’ordre normal, une ouverture sur le chaos qui a précédé la genèse. C’est dans ce chaos qu’émergent des perspectives nouvelles et rafraîchissantes, dans un marigot organique où la vie sur terre est apparue.

De même que les figures de pouvoir, les clowns sacrés sont détenteurs de forces susceptibles de guérir des maux sociaux, culturels, politiques, mentaux et physiques. Ils sont activés par une performance, la réalisation d’une pratique critique sous la forme d’un acte de protestation, d’une marche, d’une cérémonie, d’un sit-in, d’un défilé, d’une procession, d’une thérapie psychomotrice, etc. Les clowns sacrés et les figures de pouvoir sont des corps métaphoriques qui partagent des propriétés analogues au caoutchouc.

KWANGA ou « vie » en kikongo (une langue congolaise) est le nom que j’ai donné au caoutchouc afro-européen que j’utilise dans mon travail pour matérialiser ma vision de la fluidité transculturelle, transgenre et transnationale. Les clowns sacrés et les figures de pouvoir sont faits de kwanga. Pendant leur performance, ils sont dans un état fluide où leur identité se détache de toute forme de catégorisation et de hiérarchie imposées. Ils créent une identité transculturelle, transgenre et transnationale, un « espace de corrélation » indépendant du temps et de l’espace. Leur identité et le monde adoptent une forme liquide. Tout est possible. À la fin d’une performance, ils s’apaisent et demeurent provisoirement dans un état solide où leur identité est brièvement ajustée, mais en attendant le début d’une nouvelle performance ou d’un nouveau cycle de vie allant du liquide au solide.

J’utilise le caoutchouc comme matériau principal dans mes œuvres les plus récentes : la performance Spirit Capital (à deSingel, au Vooruit/NTGENT, au Kaaitheater et ARSENAAL/LAZARUS) ; dans mon installation Trans Capital (à l’exposition EUROPA, Oxalá au MUCEM à Marseille, en France, à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, au Portugal et à l’Africa Museum à Tervueren, en Belgique) ; dans mes sculptures Kwanga Bars (expo EUROPA, Oxalá), Kwanga Skin (expo EUROPA, Oxalá), F***BOY (expo Nkisi N’Kondi or New power figures à la galerie Nel au Cap) et Trans Canibal (expo Nkisi N’Kondi or New power figures à la galerie Nel au Cap).

Dans mon travail, je réfléchis à travers la performance, le cinéma et les arts plastiques, aux stratégies et aux récits de libération afro-européens pour contrer l’oppression identitaire et les traumatismes. Je développe des stratégies autour de ce que la professeure Cécile Fromont appelle des « espaces de corrélation », à savoir des espaces de concordance au travers de l’histoire humaine entre traditions culturelles européennes et africaines qui se sont développées séparément, mais qui, d’après moi, emploient des stratégies de libération comparables à partir d’une pratique critique. Les « espaces de corrélation » saisissent la nature unique et fédératrice des êtres humains. J’entends par là que les êtres humains, indépendamment de l’espace et du temps, ont tendance à élaborer et à appliquer des stratégies similaires pour sauvegarder leur raison d’être et leurs droits d’exister.

La tradition congolaise séculaire des « clowns sacrés » et des figures de pouvoir (des corps humains ou des représentations ancestrales) et leur pratique critique constituent le point de départ de la phase de recherche actuelle. Ils forment le cadre à travers lequel j’ai observé ces dernières années des actes de résistance et des manifestations de citoyens sur différents continents. Dans la pratique critique des membres d’organisations de défense des droits des animaux, de militants de la décolonisation, de BLM et des droits LGBTQ+, de mouvements migratoires ou environnementaux sur les cinq continents, je reconnais cette tradition transculturelle, transgenre et transnationale des clowns sacrés et des figures de pouvoir. Par le prisme du passé, un être humain peut mieux se comprendre.

La tradition des clowns sacrés s’inscrit dans une longue histoire, tant en Afrique qu’en Europe – en Europe sous la forme de bouffons de la cour, entre autres, et en Afrique sous la forme de prêtres clowns. Les clowns sacrés réunissent des qualités qui pourraient facilement être considérées comme paradoxales. Ils maîtrisent et peuvent jouer avec les frontières entre le sacré et le profane, défiant les règles et les autorités. Ce sont des êtres fluides qui créent et dissolvent les réalités phénoménales. Ils rendent la réalité fluide, en évolution et en mouvement constants, comme du caoutchouc liquide.

Comme les rois, les clowns sacrés occupent une position spirituelle et autoritaire dans la société à partir de laquelle ils peuvent transgresser les codes moraux humains. Ils peuvent provoquer, parodier, railler, chatouiller et aiguillonner. Ainsi, le clown rituel doit maîtriser l’art burlesque du travestissement, apprendre à incarner le ridicule, l’incongru, l’envers et l’endroit.

Car c’est avec l’inversion, le renversement et la mise sens dessus dessous des normes culturelles, que des valeurs traditionnelles, spirituelles et sociales, des positions sociales et des identités sont réaffirmées, négociées, inspirées et redéfinies avec hilarité et ironie.

Les clowns sacrés représentent une inversion de l’ordre normal, une ouverture sur le chaos qui a précédé la genèse. C’est dans ce chaos qu’émergent des perspectives nouvelles et rafraîchissantes, dans un marigot organique où la vie sur terre est apparue.

De même que les figures de pouvoir, les clowns sacrés sont détenteurs de forces susceptibles de guérir des maux sociaux, culturels, politiques, mentaux et physiques. Ils sont activés par une performance, la réalisation d’une pratique critique sous la forme d’un acte de protestation, d’une marche, d’une cérémonie, d’un sit-in, d’un défilé, d’une procession, d’une thérapie psychomotrice, etc. Les clowns sacrés et les figures de pouvoir sont des corps métaphoriques qui partagent des propriétés analogues au caoutchouc.

KWANGA ou « vie » en kikongo (une langue congolaise) est le nom que j’ai donné au caoutchouc afro-européen que j’utilise dans mon travail pour matérialiser ma vision de la fluidité transculturelle, transgenre et transnationale. Les clowns sacrés et les figures de pouvoir sont faits de kwanga. Pendant leur performance, ils sont dans un état fluide où leur identité se détache de toute forme de catégorisation et de hiérarchie imposées. Ils créent une identité transculturelle, transgenre et transnationale, un « espace de corrélation » indépendant du temps et de l’espace. Leur identité et le monde adoptent une forme liquide. Tout est possible. À la fin d’une performance, ils s’apaisent et demeurent provisoirement dans un état solide où leur identité est brièvement ajustée, mais en attendant le début d’une nouvelle performance ou d’un nouveau cycle de vie allant du liquide au solide.

J’utilise le caoutchouc comme matériau principal dans mes œuvres les plus récentes : la performance Spirit Capital (à deSingel, au Vooruit/NTGENT, au Kaaitheater et ARSENAAL/LAZARUS) ; dans mon installation Trans Capital (à l’exposition EUROPA, Oxalá au MUCEM à Marseille, en France, à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, au Portugal et à l’Africa Museum à Tervueren, en Belgique) ; dans mes sculptures Kwanga Bars (expo EUROPA, Oxalá), Kwanga Skin (expo EUROPA, Oxalá), F***BOY (expo Nkisi N’Kondi or New power figures à la galerie Nel au Cap) et Trans Canibal (expo Nkisi N’Kondi or New power figures à la galerie Nel au Cap).

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Wed 29.09 - Thu 30.09.21

Two female, identical performers move through the theatre space. The scene evokes the 'Tropical Bungalow', a dwelling installed by the colonial in Congo. SPIRIT CAPITAL transforms the stage into a ritualised place and invites you on a spatial and mental journey where historically oppressed bodies can shed the chains of history and liberate themselves through movement, words, sounds, music and outward transformations.